Série Soda

Soda, c’est la BD policière franco-belge qui cache un vrai polar nerveux derrière une idée de départ complètement savoureuse : David Solomon, surnommé Soda, est flic à New York… mais sa mère croit qu’il est pasteur.

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Plus d'infos sur Série Soda : Soda : un flic, une soutane et New York sous pression

Soda, c’est une BD policière franco-belge qui part d’une idée aussi simple qu’excellente : David Solomon, surnommé Soda — contraction de SOlomon DAvid — est lieutenant de police à New York, mais sa mère croit qu’il est pasteur. Très croyante, fragile du cœur et marquée par la mort violente de son mari, elle ne supporterait pas de savoir que son fils risque sa peau tous les jours dans les rues de Manhattan. Alors David ment. Chaque matin, il quitte l’appartement en tenue de ministre du culte, descend en ascenseur, se change à toute vitesse, et redevient le flic taciturne et efficace que les criminels auraient préféré ne jamais croiser. La série, créée par Philippe Tome, d’abord dessinée par Luc Warnant, puis surtout par Bruno Gazzotti, mélange polar semi-réaliste, drame familial et humour noir discret.

Ce qui rend Soda aussi fort, c’est ce grand écart permanent entre deux vies impossibles à concilier. D’un côté, David est le fils tendre et protecteur, coincé dans son mensonge par amour pour sa mère Mary. De l’autre, il est un policier new-yorkais plongé dans des affaires violentes, avec suspects dangereux, règlements de comptes, enlèvements, tueurs à gages et dilemmes moraux. Dans des albums comme Un ange trépasse, Lettres à Satan, Tu ne buteras point, Dieu est mort ce soir ou Fureur chez les saints, la série installe une ambiance urbaine sombre, très rythmée, où l’action n’empêche jamais le personnage d’être profondément humain. Soda encaisse beaucoup, parle peu, mais reste constamment tiraillé entre son devoir de flic et son besoin de préserver la seule famille qui lui reste.

La série fonctionne aussi parce qu’elle ne se contente pas d’enchaîner les enquêtes. Chaque tome raconte une histoire indépendante, mais le fil rouge reste toujours là : le mensonge de Soda, sa mère, ses collègues, son appartement, cet ascenseur qui sert presque de frontière entre ses deux identités. On retrouve notamment le capitaine Pronzini, le sergent Bab’s ou Linda Tchaïkowsky, qui donnent de l’épaisseur à l’univers policier autour de lui. Des albums comme Confessions Express, Lève-toi et meurs, Tuez en paix, Et délivre-nous du mal, Dieu seul le sait ou Prières et balistiques montrent bien cette richesse : Soda peut être un polar d’action, une histoire de vengeance, un récit plus intime, ou un thriller où la vie privée du héros menace à tout moment d’exploser.

Côté ton, Soda occupe une place à part dans la bande dessinée franco-belge. Ce n’est pas une BD humoristique pure, même si le concept du flic déguisé en pasteur apporte des situations savoureuses. Ce n’est pas non plus un polar froid et réaliste au premier degré. La série avance sur une ligne très efficace : assez sombre pour installer une vraie tension, assez accessible pour rester une BD d’aventure populaire, assez drôle pour ne jamais devenir plombante. Le dessin semi-réaliste, notamment celui de Bruno Gazzotti, donne beaucoup de nervosité aux scènes d’action et beaucoup d’expressivité aux personnages, avec un New York de BD qui sent la rue, la fatigue, les gyrophares et les mauvaises décisions.

Pour les amateurs de BD policière, de polar en bande dessinée, de héros cabossés et de séries franco-belges au ton plus adulte, Soda est une vraie valeur sûre. On peut y entrer par presque n’importe quel album, mais le plaisir vient aussi de retrouver ce personnage coincé dans son double rôle, entre colt et soutane, entre crime et confession, entre amour filial et mensonge permanent. Une BD tendue, attachante et pleine de caractère, parfaite pour celles et ceux qui cherchent une série à la fois rythmée, humaine et vraiment différente des grands classiques d’humour ou d’aventure.