Série Les Cités obscures

Les Cités obscures, c’est une invitation à pousser une porte qui n’existait pas deux secondes plus tôt.
Filtrer
Prix
Nombre de joueurs
Éditeurs
Plus d'infos sur Série Les Cités obscures : Les Cités obscures — Des villes comme des rêves, des mystères comme des labyrinthes

Les Cités obscures, c’est une série à part dans la BD franco-belge : une œuvre qu’on ne traverse pas comme une simple aventure, mais comme un pays étrange dont on aurait retrouvé les plans dans une vieille bibliothèque. Imaginée par François Schuiten au dessin et Benoît Peeters au scénario, elle nous plonge dans un monde parallèle composé de cités fascinantes, chacune avec son architecture, son atmosphère, ses lois, ses obsessions et ses vertiges. Ici, les bâtiments ne sont jamais de simples décors : ils pensent, ils dominent, ils écrasent parfois, ils racontent toujours quelque chose.

Chaque album ouvre une porte différente. Dans Les Murailles de Samaris, on suit un voyage vers une ville insaisissable, presque fantomatique, qui semble se dérober à mesure qu’on tente de la comprendre. Dans La Fièvre d’Urbicande, l’apparition d’une structure géométrique bouleverse peu à peu toute une cité parfaitement organisée. Avec La Tour, on bascule dans un récit plus vertical, plus symbolique, autour d’un homme perdu dans un édifice immense, comme si toute sa vie n’était qu’un étage de plus à gravir. La série aime les mystères, mais elle les traite avec élégance : elle ne donne pas toujours toutes les réponses, elle préfère laisser le lecteur habiter ses questions.

Ce qui marque immédiatement, c’est la puissance graphique de l’ensemble. Schuiten dessine des villes comme des monuments impossibles : perspectives gigantesques, gares, verrières, façades, machines, rues interminables, intérieurs majestueux… On pense parfois à l’Art nouveau, à Jules Verne, aux utopies urbaines, aux grandes expositions universelles, aux plans d’architectes un peu fous. Mais tout cela n’est jamais gratuit : le dessin sert toujours l’ambiance, cette impression d’être dans un monde proche du nôtre, mais légèrement décalé, comme si la réalité avait pris une mauvaise correspondance.

Les personnages, eux, sont souvent des voyageurs, des savants, des fonctionnaires, des artistes, des rêveurs ou des êtres en décalage avec leur environnement. Dans Brüsel, la modernisation d’une ville devient presque une maladie ; dans L’Enfant penchée, le fantastique se glisse dans le corps même d’une jeune fille qui ne semble plus soumise aux mêmes lois que les autres ; dans L’Ombre d’un homme, c’est l’identité et l’étrangeté qui s’invitent dans le quotidien. La série parle d’architecture, oui, mais aussi de solitude, d’obsession, de progrès, d’exil, de mémoire et de notre rapport aux villes.

C’est aussi une BD qui demande au lecteur de ralentir. Les Cités obscures n’est pas une série de poursuites et de coups de théâtre toutes les trois pages ; c’est une lecture d’atmosphère, de contemplation, de trouble. On prend le temps de regarder les cases, de suivre les lignes, d’entrer dans les bâtiments, de sentir que quelque chose cloche sans toujours savoir quoi. Et c’est précisément ce qui fait son charme : chaque album ressemble à un carnet de voyage dans une civilisation imaginaire, avec ses cartes, ses mythes, ses archives et ses secrets.

Bref, Les Cités obscures, c’est une œuvre idéale pour les lecteurs curieux, ceux qui aiment les BD ambitieuses, élégantes et différentes. Une série pour celles et ceux qui veulent plus qu’une histoire : un univers à explorer, des images à contempler, des villes à comprendre, des mystères à garder avec soi. C’est beau, intelligent, parfois déroutant, souvent hypnotique. Une BD patrimoniale et singulière, à conseiller comme on conseillerait une visite guidée dans un musée qui aurait décidé, soudain, de rêver tout seul.