Désolé, mais nous n'avons rien qui correspond à votre recherche...
On réessaye ?
Le sens de la vis suit Demi-Lune dans un apprentissage zen aussi profond qu’absurde auprès du maître Shumryu Sushiba. Jean-Yves Ferri et Manu Larcenet consacrent deux volumes à la vacuité puis à la fabrication d’un pinceau parfait, en mêlant philosophie orientale, gag, aquarelle, collage et photographie.
On réessaye ?
Jean-Yves Ferri et Manu Larcenet créent Le Sens de la vis aux éditions Les Rêveurs. Le premier volume, La Vacuité, paraît en 2007 et met en scène Demi-Lune face à son maître Shumryu Sushiba dans un noir et blanc dépouillé qui détourne les récits d’apprentissage spirituel.
Le second, Tracer le cercle, pousse la quête artistique dans la forêt : avant de produire un cercle parfait, Demi-Lune doit fabriquer un authentique pinceau, trouver la branche qui servira de manche puis traquer une martre légendaire dont la queue donnera les poils.
Ferri scénarise une sagesse volontairement insaisissable où une maxime peut s’avérer lumineuse ou parfaitement idiote, tandis que Larcenet fait du corps de l’élève la première victime des exercices du maître. La relation entre instruction et humiliation nourrit une grande partie du comique.
Le deuxième volume change fortement de matière graphique : aquarelles, collages et photographies remplacent en partie la sobriété du premier. Les deux livres forment aujourd’hui un diptyque disponible séparément ou réuni en coffret.
Demi-Lune est le disciple au centre du diptyque, suffisamment motivé pour chercher une vérité artistique et spirituelle mais rarement certain de comprendre ce que son maître attend de lui.
Son nom et sa position d’élève l’inscrivent dans un imaginaire zen immédiatement reconnaissable. Ferri s’en sert pour confronter une quête sincère à des exercices qui paraissent souvent absurdes.
C’est le maître qui guide Demi-Lune, figure de sagesse orientale dont les enseignements peuvent prendre la forme d’une énigme, d’une corvée ou d’une exigence impossible.
Le comique vient de l’impossibilité de savoir s’il possède réellement une sagesse supérieure ou s’il profite parfois de l’obéissance de son élève. Cette ambiguïté est plus intéressante qu’une simple parodie de gourou.
La vacuité est une notion philosophique majeure dans plusieurs traditions bouddhistes, mais Ferri l’utilise aussi comme terrain de jeu sur le vide, le sens et l’absence de réponse claire.
Demi-Lune veut naturellement remplir ce vide par une méthode ou une certitude. Le livre le confronte au contraire à une pédagogie où vouloir saisir trop vite l’enseignement devient lui-même un obstacle.
Elle parodie les clichés occidentaux du maître oriental, des maximes mystérieuses et de l’apprenti qui cherche l’illumination, mais elle ne réduit pas toute philosophie à une imposture.
Ferri et Larcenet semblent surtout rire du désir de trouver une recette simple pour devenir sage ou artiste. L’incertitude demeure, ce qui laisse parfois une vraie profondeur derrière la chute.
Une réflexion très élevée finit régulièrement par exiger une marche, une chute, un effort ou une posture concrète. Larcenet ramène sans cesse la philosophie au corps.
Cette matérialité protège le livre de la pure abstraction. Même lorsqu’il cherche le cercle parfait, Demi-Lune doit d’abord porter, couper, poursuivre et se fatiguer.
Le maître refuse de séparer l’œuvre de l’outil et du chemin qui l’a produit. Avant de dessiner le cercle, l’élève doit donc comprendre ou subir tout ce qui rend le geste possible.
La quête devient volontairement disproportionnée. Une forme simple exige une branche précise, un animal légendaire et beaucoup plus d’efforts que Demi-Lune ne l’imaginait.
Sa queue doit fournir les poils du pinceau authentique, ce qui transforme un détail d’artisanat en véritable chasse initiatique.
Ferri détourne ainsi le récit de quête : au lieu d’une épée sacrée ou d’un dragon, l’objectif est une matière nécessaire à un instrument de dessin. La création devient heroic fantasy miniature.
Il représente à la fois un exercice graphique, une forme associée à la pratique zen et le fantasme de parvenir enfin au geste juste.
Le livre se méfie toutefois de toute réponse unique. Le cercle intéresse précisément parce que la perfection paraît simple à nommer et presque impossible à atteindre sans la détruire par excès de volonté.
Cette sobriété convient à La Vacuité et concentre l’attention sur le trait, les silences et le rapport maître-disciple.
Elle donne également un point de comparaison spectaculaire avec la suite. Larcenet n’utilise pas la continuité graphique comme obligation : chaque étape cherche sa propre matière.
Le second volume utilise aquarelles, collages et photographies en plus du dessin. La recherche de l’outil parfait devient elle-même prétexte à explorer plusieurs outils de représentation.
Cette profusion peut sembler paradoxale après la vacuité du noir et blanc. Elle montre surtout que le diptyque parle autant de fabrication artistique que de philosophie.
Elles rompent avec l’homogénéité du dessin et obligent le lecteur à réinterroger ce qui fait image, matière et représentation.
Dans un livre consacré au geste créatif, ce mélange n’est pas décoratif. Il met en pratique la recherche de formes dont Demi-Lune parle avec son maître.
Jean-Yves Ferri signe le scénario et Manu Larcenet assure le dessin et l’expérimentation visuelle. Leur collaboration est donc différente du Retour à la terre par le sujet, mais conserve le même goût du décalage.
Ferri fournit la logique pseudo-sage et les dialogues ; Larcenet peut littéralement mettre le corps de Demi-Lune à l’épreuve dans la page.
On retrouve Ferri au scénario, Larcenet au dessin et une même capacité à faire surgir l’absurde d’une quête de sens très sincère.
Le ton est toutefois plus expérimental et moins narratif. Il n’y a ni village récurrent ni chronique familiale : tout tourne autour de l’apprentissage et du geste artistique.
Ils suivent le même disciple et le même maître, et le second prolonge clairement leur quête. Il est donc plus satisfaisant de lire La Vacuité avant Tracer le cercle.
Chaque livre possède néanmoins son dispositif propre. Le premier explore davantage les dialogues et le vide ; le second construit une véritable quête forestière autour du pinceau.
Deux volumes constituent le diptyque : La Vacuité et Tracer le cercle. Les Rêveurs proposent également des rééditions cartonnées et un coffret réunissant l’ensemble.
Cette structure est stable et simple pour l’achat. Il n’y a pas de troisième tome indispensable caché sous un autre titre.
La maison liée à Larcenet a souvent accueilli des ouvrages plus personnels, graphiquement libres ou difficiles à faire entrer dans un format commercial standard.
Le petit format carré et les expérimentations du second volume correspondent parfaitement à cette logique. L’objet fait partie de l’expérience autant que le gag.
Aux adolescents mûrs et adultes qui aiment Ferri, Larcenet, l’humour zen et les bandes dessinées qui jouent avec leur propre fabrication.
Un lecteur cherchant une longue intrigue ou beaucoup d’action peut rester à distance. Le plaisir vient des dialogues, du rythme et de la transformation d’un geste minuscule en quête existentielle.
Non. Les références à la vacuité, au maître et au cercle sont suffisamment lisibles pour fonctionner comme archétypes de récit initiatique.
Une connaissance du zen ajoute des niveaux de lecture, mais le comique repose d’abord sur Demi-Lune, Sushiba et l’écart entre l’objectif sublime et les moyens absurdes.
Les nouvelles éditions cartonnées permettent d’acheter séparément La Vacuité et Tracer le cercle, tandis qu’un coffret réunit les deux.
Pour découvrir, le tome 1 suffit. Pour un lecteur déjà amateur de Ferri et Larcenet, le coffret met particulièrement bien en valeur le contraste graphique entre les deux expériences.
Commencez par La Vacuité, où la relation Demi-Lune/Sushiba et la logique du maître sont installées, puis poursuivez avec Tracer le cercle.
L’ordre permet aussi de sentir l’évolution artistique : du noir et blanc épuré vers un livre en couleur qui mélange aquarelle, collage et photographie.