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Lauréats 2026 du meilleur prix alternatif du jeu de société - le prix Lizzie Magie !

Comme celui du cinéma, le monde du jeu de société vibre ces semaines-ci au rythme des annonces de nominations, le Diamant d'or qu'on récapitulait là, l'As d'or qu'on décortiquait en vidéo ici, les BGA Awards auxquels on invitait à voter dans un autre article encore... et ce n'est pas fini ! Si on en parle autant, ce n'est cependant pas parce qu'on aurait une obsession telle des jeux qu'on jugerait nécessaire d'y consacrer tout notre blog, et on tente le plus souvent d'exprimer l'angle qui nous fait aborder telle ou telle récompense, outre l'intérêt qu'elle a pour le lectorat ludiste.

Et puis comme on le teasait dans l'avant-dernier Dé Cousu, il va de toute façon être bien assez question comme cela des prix dans le prochain Ludum Mag, avec des interviews exclusives de membres de Dice Tower, du Spiel, de l'As d'or... mais aussi de récompenses plus locales, avec un angle différent, parce que précisément, cet amoncellement de trophées divers, dans un monde où chaque festival de village et chaque compte instagram semble vouloir décerner son titre, interroge sur le risque d'une redondance ôtant évidemment beaucoup à l'intérêt que l'on peut porter aux prix moins médiatiques.

Or dans ce paysage de trophées, au beau milieu des calendriers de festivals, l'association La Toile Ludique Rennaise organise le festival Rennes en Jeux, qui place l'inclusivité et le lien au centre de sa charte. Cela peut donner l'impression de jolis concepts mobilisateurs un peu vides dont n'importe qui se revendiquerait... sauf qu'à cette occasion, l'association décerne un vrai prix alternatif, le Prix Lizzie Maggie.

Lizzie Magie comme Elizabeth Magie Phillips, l'autrice, activiste féministe et anticapitaliste états-unienne de la première moitié du siècle dernier, surtout connue comme la conceptrice de The Landlord's Game, le fameux jeu fustigeant la notion de propriété qui sera lui-même spolié pour donner lieu ironiquement au Monopoly. Tout y est : donner ce nom à un prix, c'est mettre en avant une femme dans une histoire d'hommes, manifester un véritable engagement progressiste avec une conscience m/p.atrimoniale.

Après l'autrice de jeux de rôle Avery Alder, Link City et Daybreak en 2025, les Prix Lizzie Magie ont à nouveau récompensé une personnalité et deux jeux :

  • Amabel Holland, qui avait justement reçu le prix de la meilleure vidéo de patrimoine à la SDHistcon pour son travail sur le jeu de Kurt Vonnegut, et qui est une figure importante de la réflexion sur les rapports de pouvoir tels qu'ils sont retranscrits dans les mécaniques des jeux de société. On vous renvoie à notre article sur ce prix pour plus de détails sur son travail passionnant.
  • Kartini : From darkness to light, un titre expert de Sherria Ayuandini que je n'avais pas vu passer avant cette récompense (ce qui était sans doute en partie le but), et qui met en avant l'éducation des femmes en Indonésie pendant la colonisation hollandaise, et pousse des écoles à accroître leur réputation en aidant les femmes à s'émanciper professionnellement. Sa conceptrice est d'ailleurs chercheuse en anthropologie à l'Université d'Amsterdam et impliquée dans divers projets d'aide internationale (dont l'Indonésie), on voit donc tout ce que ce projet ludique signifie pour elle.
  • Limit, le jeu de l'ingénieur de recherche au CNRS Alexandre Poyé, dernier projet porté par Ludonaute avant sa fermeture - précisément motivée par l'envie de son fondateur Cédric Lefebvre de répondre à la surconsommation. Il y avait donc un sens particulier de clore cette aventure sur un titre directement inspiré par le rapport Meadows (de 1972) sur les limites à la croissance dans un monde fini, et plus précisément sur le modèle mathématique World3 qui avait permis de simuler de façon dynamique les rapports entre nations, la simulation informatique donnant lieu à une simulation socioludique complexe mais passionnante - et d'ailleurs jouable sur BGA.

Le jury, on le voit, se montre particulièrement sensible à une véritable intrication entre mécaniques et thème, où le système de jeu porte aussi bien voire mieux encore le message que son habillage graphique, avec une ambition politique et culturelle assumée, et un vrai recul critique sur le sens du jeu et de sa pratique.

En outre, on appréciera que le prix Lizzie Magie ne se distingue pas juste des autres par son corpus engagé, mais aussi dans sa forme même : pas de listes de nominés dont des jeux perdront face à d'autres, pas de podium, de Lizzie Magie d'or... Pas de défaite, seulement des victoires. De même qu'on ne fonctionne pas avec des catégories claires, ce qui a permis certaines années de récompenser une association, un éditeur, une gamme... Le tout étant justement de ne pas se forcer à récompenser fatalement deux jeux et une personnalité une année où rien ne se serait imposé autant que les années précédentes, ce qui rendrait un millésime Lizzie Magie moins valable qu'une autre année, au contraire, la liberté du jury de récompenser qui il veut et ce qu'il veut, contre tout usage, est une belle manière d'exprimer une véritable reconnaissance pour des œuvres dont la valorisation est ressentie comme sincère.

En parlant de jury, et parce qu'il est toujours important pour appréhender l'intérêt que l'on porte à un prix de savoir qui le décerne et comment, voici celui de cette édition du prix Lizzi Magie :

Jury Prix Lizzie Magie

Et vous, que pensez-vous de ce prix, de sa philosophie et de sa place dans le monde ludique ?

Source : la page consacrée au prix Lizzie Magie sur le site de Rennes en jeux.

À propos de l'auteur

Siegfried Würtz

Après une dizaine d'années dans le monde du jeu comme influenceur, pigiste, relecteur, éditeur... le responsable éditorial de Ludum continue de mettre à profit son habitude de la veille ludique, son amour de l'analyse et sa passion du jeu et du partage pour nourrir le blog, la revue ou encore les scripts des vidéos !

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