Leda : déjà un des meilleurs jeux (de duel) de 2026 !
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- Siegfried Würtz
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Au festival de Vichy, en septembre 2025, nous découvrions enfin Leda, le jeu de duel conçu par les frères Pierrick et Renaud Libralesso (Lipogram, AI: 100 % Human) et Yoel Sayada (derrière la chaîne YouTube First Player, co-concepteur de Pas le choix), un trio déjà responsable de Cystalla. Une première partie nous avait juste donné envie d'y revenir, faisant assez clairement ressentir la promesse d'un des titres les plus prometteurs de 2026, et j'ai récemment pu en enchaîner les parties pour me conforter dans cette impression, convainquant rapidement mes partenaires de jeu, de sorte qu'il est vite apparu comme une évidence, après FlipToons et Origin Story, de mieux présenter le jeu dans ces colonnes avant sa sortie (en juin) afin de vous partager cet enthousiasme.
Leda, c'est d'abord un jeu de duel asymétrique, où vous choisissez l'une des 4 espèces animales anthropomorphes (requins, chats, pandas, scorpions) dotée de son paquet de 11 à 13 cartes, de sa carte Condition de victoire spécifique, voire de son matériel propre (pour le requin). On reconnaît bien sûr là les fans d'Unmatched - et cela tombe bien, j'en suis aussi.
Les deux adversaires disposent d'une grille de 4 par 4 tuiles, constituée des mêmes tuiles ordonnées aléatoirement (et donc différemment, sauf hasard extraordinaire). À votre tour, vous dévoilez la première tuile Action, qui indique une ligne, une colonne et un carré de 4 tuiles à activer (par exemple la première ligne, la première colonne et le carré de tuiles en haut à gauche) : vous choisissez l'un de ces trois motifs, et activez les quatre tuiles indiquées, un peu à la Monumental. Puis votre adversaire fait de même sur sa propre grille, activant donc les tuiles de l'emplacement que vous avez choisi pour vous deux. L'idée est déjà passionnante : quand vous choisissez un motif pour vous, vous le choisissez aussi pour l'autre, et devrez à chaque décision observer la grille adversaire et en tenir compte afin de trouver un équilibre entre votre intérêt et le sien vous avantageant un peu.
On regarde ensuite qui a activé le plus d'épées, ce qui permet de remporter un jeton Victoire militaire. Ces jetons comportent toujours 1 ou 2 icônes Victoire militaire (plus d'éventuels bonus), et toutes les espèces peuvent gagner en réunissant suffisamment de ces icônes sur leurs tuiles, de sorte que ce paramètre fait presque immanquablement avancer la partie.
Enfin, à tour de rôle, on peut :
- échanger deux tuiles de place et gagner un fruit, généralement une bonne manière de placer une tuile intéressante dans une zone où elle a plus de chances d'être réactivée prochainement. Ça tombe bien, le matériel du jeu vous indique, dans une manche, les chances que chaque tuile a d'être activée, entre 2 et 4.
- jouer une carte de sa main au-dessus d'une tuile, remplaçant donc son effet. Commode pour recouvrir les tuiles temporaires qui, une fois activées, sont retournées sur une face Désert sans aucun effet.
Puis c'est à votre adversaire de retourner une tuile Action pour choisir un motif de tuiles à activer. Sachant qu'il y a 5 tuiles Action, et qu'une fois 4 d'entre elles retournées... on les remélange toutes, ce qui incite à planifier tout en se préparant à une part d'incertitude.

Les règles de Leda s'expliquent ainsi en cinq minutes, plus cinq pour lire la fiche détaillant notre faction, et l'avantage du duel, c'est que l'on nous incite très naturellement à regarder la grille adverse et à en tenir compte dès notre première partie, d'autant que l'on voit dès le premier tour les conséquences de notre choix sur les actions de l'autre, et qu'après avoir sans faire trop attention activé sa ligne parfaite, vous vous jurerez qu'on ne vous y reprendra pas.
C'est là que survient l'asymétrie : après un certain nombre de tours, votre grille finira par être très différente de la grille de votre adversaire, d'autant que chaque espèce a une condition de victoire et un fonctionnement réellement différents, avec des cartes différentes.
Par exemple, les chats devront faire attention à beaucoup piocher pour pouvoir payer des coûts en cartes à défausser, mais aussi s'assurer de ne pas faire trop de tours à vide, parce que la plupart de leurs cartes font une rotation après leur activation, devant donc être à nouveau activées parfois dans le vent pour retrouver leur orientation intéressante. Et ils gagnent en posant 3 des 4 cartes Anneau malgré leurs conditions de pose exigeantes.
Au contraire, les requins fonctionnent en meute : d'abord peu puissants, ils libèrent leur plein potentiel en étant adjacents à d'autres requins, et ils miseront particulièrement sur cette montée en puissance lente mais inexorable, et sur des capacités au combat qu'il devient rapidement impossible d'enrayer, de sorte qu'il faut tâcher de les vaincre rapidement sous peine de se contenter de voir sa fin approcher.
Les pandas vous feront reprendre des cartes en main, les scorpions vous inciteront à garder des déserts et à regarder la première carte ou tuile de différentes piles pour les réorganiser, en faisant de loin la faction la plus technique et la plus déconseillée pour vos premières parties...
L'intérêt de parties de 20-30 minutes peut être d'échanger ses factions une fois la partie jouée, pour se rendre compte des défis auxquels notre adversaire faisait face, et ainsi mieux assimiler Leda avec toutes ses subtilités, une faction se comprenant vraiment mieux en la jouant qu'en l'observant - mais finalement, c'est le propre de la plupart des grands jeux réellement asymétriques, à plus forte raison quand l'interactivité en est aussi maline, ne consistant pas à attaquer l'autre mais à lui accorder les bonus qui nous dérangent le moins.

Une seule frustration vient perturber mon enthousiasme... les espèces sont si intéressantes dans leur réelle identité qu'on a juste envie d'en découvrir plus, même s'il faut bien admettre que se limiter à quatre incite déjà à les approfondir, en permettant une boîte... autour des 20 euros, un tarif à la Leaders pour le comparer à l'un des grands jeux de duel de l'année dernière, tout aussi exceptionnel vu la qualité d'édition - qui n'étonne pas de la part de SWAF. En même temps, les Libralesso et Yoel savaient ce qu'ils faisaient en signant chez l'éditeur d'IKI, Zhanguo, Kingdom Crossing, Demeter, Sur les Traces de Darwin, Paris 1889..., une garantie des illustrations de David Sitbon et d'un suivi éditorial aboutissant à un résultat où ce soin se sent.
Et puis la boîte comporte quatre compartiments pour promettre déjà quatre nouvelles espèces, les serpents, les castors, les abeilles et les pieuvres, qui arriveront individuellement au format de boosters à 5 euros, en commençant par les serpents vers Essen. En se greffant au jeu de base, et en n'étant donc achetées qu'en supplément des espèces connues, elles promettent de pousser les mécaniques de Leda dans des directions toujours plus originales... Inutile de dire combien on a hâte de les découvrir. On notera aussi l'annonce de playmats en néoprène aux couleurs de chaque faction, évidemment on vous préviendra quand on en saura plus !
Leda allie ainsi la grande simplicité de mécaniques générales à une vraie courbe de progression, et des possibilités de personnalisation dans l'asymétrie assez poussées pour apporter toujours un sentiment de montée en puissance au cours de sa petite demi-heure et de satisfaction, malgré l'existence d'un hasard contre lequel je n'ai vu personne pester, ce qui est toujours assez significatif. Le nombre relativement réduit de cartes participe assurément à ce sentiment de satisfaction, il est assez aisé de piocher les cartes qui nous arrangent et on connaît très vite tout son deck, et donc toutes les possibilités avec lesquelles jongler. C'est simple, avec Origin Story et Les Deux Tours, je tiens déjà un jeu digne de mon top de fin d'année.
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