Test & Avis - Fantasy Realms : Mythes grecs, le jeu le plus divin de la gamme
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- Siegfried Würtz
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Vous connaissez probablement Fantasy Realms, le jeu de Bruce Glassco édité en 2017 qui s'est vite érigé au rang de titre culte grâce à son dynamisme, sa simplicité d'accès, son interaction indirecte et néanmoins taquine, sa courbe de progression, ses qualités combinatoires et ses probabilités juste assez chaotiques pour que l'optimisation en soit très gratifiante. Il avait donc logiquement connu plusieurs déclinaisons plus ou moins réussies chez Marvel ou Star Trek, en plus d'une extension et d'une version Deluxe. En voyant paraître une nouvelle boîte, opportunément au moment de la sortie de L'Odyssée de Christopher Nolan, on aurait pu s'attendre à ce qu'il s'agisse d'une preuve d'opportunisme, avec une série se rethématisant à l'envi au gré de l'actualité ou des licences. Or après quelques tests, il faut bien reconnaître que Fantasy Realms : Mythes grecs (précommandable ici avant sa sortie en septembre)... est un excellent opus. On vous explique notre avis enthousiaste.
Fantasy Realms ?
Dans Fantasy Realms, vous disposez d'une main de 7 cartes, et à chaque tour, vous piochez une carte face visible au centre de la table pour l'échanger contre une carte de votre main, ou piochez une carte du deck face cachée, pour mettre ensuite une carte de votre main au centre de la table, la partie s'achevant quand ce marché central comporte 10 cartes, accordant la victoire à la personne qui totalise le plus de points en main. Et c'est tout.
Bien sûr, les cartes sont toutes uniques et extrêmement différentes, rapportant quelques points de base, et surtout des points conditionnés d'autant plus importants que la condition est exigeante, avec un relatif équilibre (une carte valant beaucoup de points étant par exemple associée à un malus comme l'annulation d'un autre scoring) mais où le hasard de la pioche apporte une pointe de chaos.
C'est là qu'intervient la défausse, grand marché central auquel tout le monde contribue... en essayant à tout prix de ne pas donner aux adversaires la carte parfaite pour achever une collection imparable. Si l'on joue d'abord au hasard, on apprend à regarder ce que les autres prennent au centre de la table et rejettent, pour retenir quelques-unes des cartes que chacune et chacun peut avoir en main, et tâcher d'être stratégique dans les cartes que l'on défausse, une carte correcte mais a priori pas intéressante pour les collections adverses devant souvent être défaussée avant une carte qui semble juste faible, au scoring aussi puissant qu'improbable, et qui fait suspicieusement briller des yeux autour de la table.
Le succès de Fantasy Realms vient probablement et paradoxalement en partie de son thème générique, une med-fan un peu moche (un aspect corrigé dans sa version Deluxe) mais qui le rend aisé à sortir avec n'importe quel public, même néophyte en matière de jeux de société, quand le plaquage d'une licence le rend infiniment désirable par une niche plus ou moins grande, au risque de se détourner de ce public de masse, et à condition de tout de même introduire quelques twists dans les règles pour tout de même intéresser le public traditionnel de Fantasy Realms. Comme souvent, tout est question d'équilibre, et on peut déjà dire que justement... Fantasy Realms : Mythes grecs combine le meilleur des deux mondes.
Une thématisation pour le panthéon

C'est qu'à mon avis, Fantasy Realms : Mythes Grecs est simplement le meilleur Fantasy Realms, évidemment meilleur que le Star Trek, meilleur que le Marvel, et oui, même meilleur que le jeu de base. Pourquoi un enthousiasme si radical ?
Déjà le jeu est remarquablement ergonomique, même si ça a toujours été un point fort de la gamme Fantasy Realms, si l'on excepte le plus compliqué Star Trek : Missions. Une carte peut sembler fouillis au premier regard, mais aussitôt que l'on commence à jouer, on appréhende la logique de toutes ces icônes de série, de tags divers...
Pas seulement parce qu'ils sont présentés d'une façon impeccablement claire, aussi et surtout parce que le jeu a toujours cette idée formidable de la redondance, chaque capacité étant exprimée sous une forme strictement iconographique puis explicitée par un long texte. Ce qui est normalement une aberration (l'élégance impose normalement le choix des icônes ou du texte, pas de la même information donnée deux fois) permet de ne jamais revenir au livret de règles, même pour la première partie, tout en pouvant se contenter des icônes aussitôt que l'on se familiarise avec leur signification, ce qui les rend également lisibles même dans le marché/défausse au centre de la table sans qu'il y ait plus à se pencher pour déchiffrer chaque cartouche.
Enfin parce que Fantasy Realms : Mythes grecs... est formidablement thématique. Le Mont Olympe est une carte Lieu qui rapporte 6 points par carte Dieu. Hélène vaut 10 points par carte Guerrier. Les sandales ailées sont un objet avec le tag divin, et valent 15 points si l'on combine une carte Héros en vie et 2 cartes Lieu, en plus de donner le tag Agile à un Héros vivant. Les Sirènes sont un monstre hostile, aquatique et artistique, qui tuent tous vos héros à moins que l'un d'entre eux soit intelligent. Le héros guerrier fort Hector obtient un bonus de 6 points si vous possédez Arès, Apollon ou Artémis. Chacune des 79 cartes du jeu fait sens, ce qui en fait pratiquement une version avancée du Similo Mythes pour apprendre la mythologie grecque !
Par contre... en vie ? Tuent ? C'est que Fantasy Realms : Mythes grecs introduit l'idée des Enfers. Certaines cartes peuvent être défaussées dans vos enfers au lieu de l'être au centre de la table, et surtout, diverses capacités et en particulier les monstres hostiles peuvent tuer l'ensemble de vos héros, à moins de disposer de protections particulières (comme un héros agile en vie pour éviter Charybde et Sylla). Chaque carte dans vos enfers vous ôte 10 points, ce qui est considérable, mais... chaque carte dans vos enfers, même en n'étant plus considérée comme étant en vie, continue de vous faire bénéficier de ses capacités et de l'ensemble de ses tags, donc bien au-delà de votre main de 7 cartes !
Jouer avec ces Enfers exigera donc beaucoup de prudence, mais pourra aussi s'avérer particulièrement rentable... et reste globalement facultatif, puisque vous pouvez juste choisir d'ignorer les enfers et les capacités qui y sont relatives, même si à chacune de mes parties de Fantasy Realms : Mythes grecs j'ai constaté une victoire plus ou moins nette des personnes exploitant correctement leurs Enfers.
C'est dire l'ampleur de la nouveauté de cette boîte, bien loin du gimmick, tout en étant parfaitement fidèle avec l'esprit Fantasy Realms, de même que son exploitation thématique n'est pas du tout un nouvel habillage artificiel pour les cartes existant déjà mais a imposé toute une réflexion, une connaissance des mythes scolaire mais solide, et un travail d'équilibrage qu'on imagine très conséquent. C'est bien simple, j'ai revendu mon Fantasy Realms pour acheter celui-là - et puis il faut dire que les illustrations, sans être sophistiquées, en sont franchement réussies, ce qui marque aussi une belle différence.
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