Test & Avis : Azul Kids, mosaïquement bien
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- Siegfried Würtz
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Il y a quelques jours, on vous repartageait notre analyse de la gamme Azul, de ce qui en faisait la singularité et le génie, en particulier ses variations autour d'un draft épuré, élégant même quand il cherchait des voies plus sophistiquées. Et justement, après nous avoir tant plu en prototype lors d'un test cannois, Azul Kids paraît enfin le 28 août, occasion de vous partager un avis dont le seul fait que je traite d'un jeu pour enfants, ce que je ne fais presque jamais, n'étant pas parent moi-même, traduit déjà que quelque chose de remarquable s'y passe.
Un Azul moins ?
Si j'avais énormément apprécié Dixit Kids, qui était pour moi un As d'or Enfant évident avant la publication de L'Encyclopédie des monstres, ma plus grande distance avec Splendor Kids m'avait paradoxalement aussi convaincu de donner sa chance à Azul Kids parce qu'il avait au moins le mérite de chercher une vraie adaptation mécanique plutôt qu'un simple retrait de règles un peu facile et un peu fade, ce que m'avait un peu inspiré l'adorable Cascadia Kids.
Je partais donc relativement confiant en Space Cow/Asmodee Kids pour porter le projet tout en sachant le risque que courent ces transpositions de peiner à se positionner par rapport à l'œuvre originale, comme les adaptations en duel ou blitz d'ailleurs.
Or à en regarder rapidement les règles, Azul Kids est plus proche de la démarche de Cascadia Kids que de Dixit Kids : on y possède un motif constitué de multiples emplacements pour des pierres à la couleur (et forme) spécifique, et il faut à son tour prendre les tuiles d'une même couleur dans l'un des six bols au centre de la table - et si l'on prend ceux de l'un des cinq petits bols, les pierres restantes sont placées dans le grand bol central, bref, Azul. Mais Azul sans le scoring, sans les contraintes de pose, sans les deux phases : les pierres récupérées sont juste placées sur les bons emplacements, jusqu'à ce que quelqu'un finisse un motif.
Mauvais point donc... à moins que...
Une adaptation qui a tout compris
On note déjà le passage à une course explicite. Là où il y avait bien une notion d'efficacité dans Azul, avec un calcul entre optimisation de la grille et complétion d'une ligne avant les autres, tenant compte des grilles adverses, en fait les personnes expérimentées en tenaient compte avec la conscience qu'il ne suffisait pas de mettre fin à la partie à tout prix.
Retirer toute notion de scoring pour privilégier uniquement la course, c'est exactement le genre de choix intelligent de légère redirection de la philosophie du jeu qu'on pouvait espérer d'une adaptation pour enfants. Et j'insiste sur la notion de « redirection », qui n'est pas une nouveauté ou une trahison, seulement une traduction.
Ainsi peut-on se focaliser sur l'essence d'Azul, le draft, avec une autre traduction de règle : puisqu'on n'a pas de score, récupérer des pierres que l'on ne peut pas placer ne peut pas nous faire perdre de points... en revanche, il faut les donner à nos adversaires !
Idée évidemment terrifiante dans un jeu de course... et qui crée aussi une courbe de progression, parce qu'on apprend à regarder les plateaux adverses, à identifier quelles pierres les autres ne veulent pas, et donc lesquelles on peut sélectionner en surabondance sans que personne en profite ! Oui, Azul Kids a su traduire l'importance du contre-draft dans une proposition lisible et immédiate.
De l'enfant au maître
Azul Kids a le bon sens de proposer une version Maîtres, donc une variante plus initiée qui remplit impeccablement son office d'offrir une transition entre Azul Kids et Azul.
Cette fois, la partie s'achève quand les bols ont été autant remplis qu'il y a de personnes autour de la table. Ce qui est évidemment cohérent avec la réintroduction d'un scoring basique : vos plateaux représentent désormais plusieurs motifs, et la complétion de chaque motif rapporte des étoiles proportionnelles à sa difficulté. Il suffit donc d'avoir le plus d'étoiles à la fin, généralement autour d'une petite dizaine, pour garantir un suivi relativement facile par sa lisibilité des scores des autres.
Et bien sûr, chacun de ces motifs doit être rempli séparément : si vous récupérez trois jetons bleus et que vous avez un motif qui en requiert deux et un autre qui n'en demande plus qu'un... vous ne pourrez quand même les placer que sur le premier (a priori) et donc donner le troisième. Attention alors à bien regarder la table dès que les pierres sont distribuées dans les bols pour éviter les tours où vous ne prendrez des pierres que pour les offrir...
Une contrainte moins complexe que les lignes d'Azul bien sûr, mais qui enseigne aussi les petites frustrations, renforce l'importance de l'observation et de la programmation, redouble le poids du draft, impose des calculs élémentaires, tout cela de façon ergonomique, fluide et colorée. Même si les règles paraîtront très familiales à des adultes, il est tout à fait possible d'y jouer sérieusement avec des enfants avec un avantage finalement assez limité, ce qui est toujours très appréciable ! Et il n'y aucun doute qu'un enfant qui aura vraiment maîtrisé cette version pourra passer à Azul, dont il aura déjà saisi la philosophie et les réflexes qu'il nécessite.
Azul Kids est dès lors une grande réussite du jeu pour enfants en général, par son édition, ses deux versions, sa limpidité ; et en tant qu'adaptation d'Azul pour y initier en douceur des enfants même très jeunes, fidèle à son esprit et sans pour autant en abâtardir l'intérêt ludique. Décidément on a hâte de la prochaine adaptation Asmodee Kids !
Pour aller plus loin : le splendide site de l'illustratrice Iris Wincker/lemonjuiceday, notre présentation de la gamme Azul avec un duel sur Azul Duel et, pour avoir davantage d'avis, Vincent, Enrique et moi chroniquions aussi Azul Kids en vidéo et podcast dans notre Bientôt chez vous consacré aux jeux de l'été (avec FlipToons, Letter Up, Life of the Amazonia et Athlètes de compète) :
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