Test & Avis – Le meilleur jeu Seigneur des Anneaux... et de 2026 ?
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- Siegfried Würtz
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La question posée par le titre pourrait sembler racoleuse, elle ne l'est pas, et je ne cède au point d'interrogation que pour ménager les susceptibilités et me laisser la possibilité de préférer un autre jeu en 2026 au Seigneur des Anneaux - Le Jeu de plis coopératif - Les Deux Tours (vous me permettrez d'abréger en Les Deux Tours), d'autant que nous ne sommes après tout qu'à la mi-juin, et que l'an passé, plusieurs jeux avaient rejoint le podium aux côtés du premier opus, La Communauté de l'Anneau. Petit test & avis pour vous expliquer cet enthousiasme.
Tolkienophilie ou hypertextophilie
On pourrait aisément croire, à me voir si enthousiaste l'an passé pour La Communauté de l'Anneau, cette année pour Les Deux Tours, mais aussi pour Le Hobbit, tout en ayant déjà exprimé mon attente de Circle of Conflict, que je suis biaisé par mon amour du Seigneur des Anneaux - vous en conviendrez, il y a de pires biais. Pourtant, si j'ai une estime tout à fait correcte pour la trilogie de Tolkien (et celle de Jackson), en voir des transpositions ne m'intéresse pas plus que de jouer à des adaptations de Star Wars ou Mon Petit Poney.
C'est en grande partie là la clef néanmoins : j'aime les adaptations, parce que j'aime les réécritures, les héritages et leur réappropriation, comment une œuvre passe de mains en mains dans un rapport complexe de fidélité et de réinvention, commentaire de l'œuvre originale suscitant une œuvre qui doit aussi être nouvelle. On ne s'étonnera dès lors pas qu'à côté du jeu de société je dédie l'essentiel de mon temps libre à analyser les comics super-héroïques, ou que mon mémoire ait été consacré à l'évolution de la figure du bouffon d'Érasme et Rabelais à Ghelderode. Ou que j'aie également donné des conférences sur les adaptations de jeux vidéo en jeux de société, du point de vue du thème mais aussi de la transposition mécanique, voir à ce sujet notre débat vidéo :
Et cette passion se porte sans surprise aussi sur les adaptations du Seigneur des Anneaux, surtout dès lors qu'on n'est plus dans de l'habillage de licence sans âme. Je ne suis ainsi pas tant fan du Seigneur des Anneaux... que je suis ravi que d'autres le soient, parce que cela leur inspire des jeux sincères, se souciant de trouver des voies originales de se saisir de cet univers complexe pour en tirer de vrais jeux. Des jeux qui auraient été intéressants sans ce thème, et qui le sont d'autant plus qu'ils en sont infusés, que thème et mécanique s'alimentent d'une manière qui n'aurait pas pu produire un autre titre.
Quelque chose se joue bien sûr aussi là du cercle vertueux : plus il y a de jeux sur un thème, plus on les compare et on peut avoir tendance à l'exigence ; plus il y a de jeux sur un thème, plus cela veut aussi dire qu'il y a une vraie passion d'une communauté auctoriale, ou une fébrilité marketing, une volonté de capitaliser sur une licence, ce qui peut donner lieu au pire mais aussi à l'envie de bien faire pour toucher le portemonnaie et le cœur aussi d'un public prêt à investir et s'investir quand on ne se moque pas de lui.
Et on connaît les enjeux autour du Seigneur des Anneaux, la fortune dépensée par Amazon, le rôle d'Embracer qui a confié à sa filiale Asmodee le droit exclusif de superviser les adaptations de cette licence particulière (y compris en la sous-traitant à d'autres)... Tout cela alors qu'un film sur Gollum par Andy Serkis (argh) semble prévu, et surtout qu'un retour de Peter Jackson semble se profiler toujours plus certainement...
On ne sera pas surpris de retrouver prochainement un Unlock! Seigneur des Anneaux, mais pour le moment, c'est le studio d'Asmodee Office Dog à qui revient l'essentiel des nouvelles adaptations originales de la licence, et qui s'y consacre admirablement. Faire de La Communauté de l'Anneau un jeu de plis coopératif évolutif à la The Crew, tout en promettant d'emblée une trilogie, avait été une surprise générale, et leur développement d'un Hobbit conçu cette fois en externe par Knizia (et n'ayant rien à voir avec le vieux Hobbit de Knizia) en roll & write chapitré témoignait d'un souci de variété sans renoncer à l'exigence. Avant l'intrigant Circle of Conflict, Les Deux Tours serait-il alors une suite en pilote automatique de la Communauté de l'Anneau ?
Le Retour du Roi du jeu de plis
Bien sûr, on retrouve dans Les Deux Tours la direction artistique vitrailliste d'Elaine Ryan qui confère une identité si forte au titre, ce à quoi la licence n'avait clairement pas su nous préparer, et le nom de Bryan Bornmueller à la conception. Et Les Deux Tours fait si directement suite à La Communauté de l'Anneau que le jeu débute au chapitre 19 - rappelons que c'est également cohérent avec la volonté de Tolkien, qui concevait Le Seigneur des Anneaux comme un tout et s'était même montré dubitatif sur sa trilogisation, en exprimant des doutes sur le titre des Deux Tours malgré toutes les tours peuplant le second volume...
Ce titre donne en tout cas lieu à une nouveauté matérielle, deux grands jetons de tour, l'une noire, l'autre blanche, associés à deux cartes, Tour Blanche et Tour Noire, avec l'astuce assumée par Bornmueller de ne pas les nommer afin que selon les scénarios, elles représentent Minas Morgul, Orthanc, Cirith Ungol, Barad Dur, Minas Tirith... Exit les anneaux, puisqu'on commence par suivre la partie de la Communauté composée d'Aragorn, Gimli, Legolas et Boromir dont on raconte mécaniquement le décès. Les deux tours font alors office de seuls atouts, sachant... qu'elles s'annulent si jouées dans le même pli, de quoi proposer une réflexion d'autant plus intéressante que quelle que soit la configuration, toutes les cartes sont distribuées à l'exception d'une, la carte perdue, retirée face visible.
Cela fait partie des aspects qui m'avaient conquis dans La Communauté de l'Anneau, cet équilibre entre hasard fatidique pour un jeu de plis, que l'on accepte parce que la mise en place est instantanée et que les parties durent cinq minutes, et contrôle tout de même, avec un véritable enjeu à tenter de déduire la main des autres en l'absence de cartes surnuméraires inconnues.
D'emblée, les deux tours sont accompagnées de cartes Orques, qui perdent forcément leur pli et ne peuvent pas ouvrir un pli sous peine de perdre la partie, addition accessoire mais rafraîchissante donc de cartes à pisser absolument, qui participent à témoigner de la volonté de renouvellement de cette seconde boîte.
On note d'ailleurs que même les illustrations des cartes « normales » ont été refaites : c'est qu'il s'agissait pour Ryan et Bornmueller de continuer la suite du périple, les parties de la Communauté traversant de nouveaux paysages, le genre de détail qui souligne une vraie maturité éditoriale.
Et la suite, que je ne veux pas spoiler outre mesure, est du même tonneau, il peut y avoir des personnages que j'apprécie un peu moins que d'autres, des règles spéciales qui me stimulent moins, enfin globalement, le jeu sait réellement se renouveler constamment, sans même parler du passage à la partie II (après le chapitre 28), où évidemment l'incarnation de Frodon, Sam et Gollum transforme complètement l'expérience.
Dès lors, je vous recommande fortement la lecture du carnet d'auteur de Bornmueller (en fin d'article), où il développe de façon très détaillée toutes ses réflexions sur Les Deux Tours en particulier, après avoir déjà écrit un carnet d'auteur sur La Communauté de l'Anneau, une belle manière pour lui d'exprimer le travail spécifique exigé par chaque boîte, et même par chaque chapitre, puisqu'il liste ses influences en matière de jeux de plis, générales ou propres à tel ou tel scénario.
En somme Les Deux Tours n'est pas qu'une suite marketing pour complétionnistes, c'est le prolongement des méditations ayant abouti à la première boîte, pour une suite qui, comme celle du roman, est bien loin de suivre linéairement et paresseusement les enjeux déjà posés mais les approfondit, les transforme, les renouvelle, tout en proposant une difficulté plus relevée, pour un jeu plus technique... ce qui était aussi attendu de la part de la communauté ayant déjà surmonté toute la Communauté de l'Anneau, prête à de plus périlleuses aventures.
Pour aller plus loin : le carnet d'auteur de Bryan Bornmueller sur Les Deux Tours (en anglais), et bientôt... notre vidéo des jeux de l'été dont je profiterai à nouveau pour vous empêcher de passer à côté du titre !
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