Test & Avis : Wingspan Pocket - Wingspan fait son Château Combo
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- Siegfried Würtz
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Plusieurs mois après avoir teasé un Wingspan Pocket, Jamey Stegmaier, PDG de Stonemaier Games, en dévoilait enfin davantage il y a quelques jours. Or cela fait… plusieurs semaines que nous en enchaînons les tests sur un prototype (définitif en termes de contenu), puis sur une version anglaise définitive, et que nous attendions la levée du NDA pour vous livrer enfin notre avis – enthousiaste, je ne pense pas spoiler grand-chose.
Et nous écrivions cela avant même de connaître le prix de Wingspan Pocket, une donnée intrigante compte tenu de la générosité du contenu (par exemple avec ses 60 œufs typiques de la gamme) mais de son format de poche, prix qui est donc de 16 euros 11 avec le Pass Ludovor, décidément on comprend son succès éclair et tonitruant, ainsi que l'annonce d'un Wyrmspan Pocket ! Vivement la version française du jeu, déjà disponible en précommande !
Juste un Wingspan Blitz ?
La communication autour de Wingspan Pocket pourrait surprendre : la boîte indique « un jeu Wingspan rapide », qui devient même explicitement « Une version rapide de Wingspan » sur chez Matagot, alors que Jamey lui-même déclare que le jeu n’est pas qu’un Wingspan plus court… Raison de plus de vous détailler un peu de quoi il s’agit !
Il s’agit en tout cas toujours d’un jeu d’Elizabeth Hargrave avec des illustrations de Natalia Rojas et Maria Martinez Jaramillo, donc l’équipe derrière Wingspan, avec les mêmes icônes que Wingspan, et on retrouve même plusieurs des oiseaux du jeu de base et de ses extensions parmi les 106 cartes, avec quelques images originales étant donné que Wingspan Pocket recourt aux oiseaux du monde entier (jusqu’aux pingouins), donc de continents pas (encore) couverts par les extensions de Wingspan. Il s’agit néanmoins d’un jeu totalement indépendant, adoptant un système mécanique propre et réinventant donc ces oiseaux d’une manière qui n’est pas du tout compatible avec Wingspan.
Au début d’une partie, tout le monde reçoit un nid, qui sert à accueillir 3 œufs tout en rappelant les actions du jeu, un marqueur sous forme de plume, et 6 cartes (qui ont toutes une face Oiseau et une face Nourriture) : deux cartes placées face Oiseau sous la nuée (la rangée initiée par le nid, qui correspond aux cartes en jeu), et 4 cartes placées face Nourriture. Votre main est donc étalée devant vous, ce qui offre deux avantages : vos adversaires savent ce dont vous disposez et pourriez donc vouloir faire ; et on évite toute confusion entre face Oiseau et face Nourriture. Dans le niveau expert que vous adopterez assurément très vite, vous pourrez librement choisir parmi vos 6 cartes lesquelles 4 seront de la nourriture et lesquelles 2 des oiseaux, sachant qu’une carte ne peut jamais être retournée.
Dans ce niveau expert aussi, vous jouerez avec deux objectifs (parmi 18). Le marché sera constitué de 4 piles à peu près égales sur leur face Nourriture, dont on dévoile seulement la première carte sur sa face Oiseau à chaque fois.
Une mise en place en une minute donc, à peine plus avec le niveau expert qui correspond néanmoins au même premier choix tactique que dans Wingspan et fait donc déjà pleinement partie du jeu lui-même.
Nuée à gaz ?

À votre tour, vous aurez le choix entre 3 actions : jouer un oiseau de votre main dans votre nuée, à droite du nid et des cartes déjà jouées, en payant son coût en nourriture (donc en défaussant les cartes Nourriture de votre main représentant les bonnes ressources) et en œufs ; pondre 3 œufs sur nos oiseaux et notre nid dans la limite de leur capacité d’accueil ; piocher 2 cartes, parmi les oiseaux visibles et parmi la nourriture au sommet des 4 pioches, sans rien retourner – il n’y a pas de côté Captain Flip, on sait exactement ce qu’on prend. Cela implique bien sûr aussi que vous ne saurez jamais avant de jouer à Wingspan Pocket avec quels oiseaux cette partie sera jouée, puisque c’est le hasard qui décide quelle carte sera définitivement un oiseau et quelle carte sera presque définitivement de la nourriture – « presque » parce que la défausse sera remélangée quand une pioche de cartes est vide, c’est tout.
Après cette action… vous activez les effets marrons de l’ensemble des oiseaux de votre nuée dans l’ordre de la pose, ce qui est rappelé par le nid. Effets qui passent autant que possible par des icônes pour un jeu qui revendique une relative pureté ergonomique, même si cela impliquera quelques retours aux règles lors de la première partie, surtout quand on ne connaît pas Wingspan. C’est à cela que sert votre marqueur, qui se déplace de carte en carte pour bien matérialiser où vous en êtes dans ces activations.
Certains oiseaux ont néanmoins une puissante capacité permanente verte, une idée à l’origine imaginée pour les extensions de Wingspan et qui se retrouve à la place dans Wingspan Pocket, habile pour lui donner une plus grande identité mécanique. Il pourra par exemple s’agir de réduire le coût des oiseaux, de compter les graines comme des jokers… On comprendra pourquoi Jamey décrit le jeu comme finalement plus proche de l’épure de Splendor que de Wingspan.
Si l’action principale a une évidente simplicité, cette phase d’activation de plus en plus longue au fur et à mesure que tout le monde aura plus d’oiseaux est fatalement moins dynamique, a fortiori pour un jeu chacun pour soi. Même si Wingspan Pocket peut être pratiqué à 5, il reste comme Wingspan particulièrement intéressant à 2, où l’on aura une meilleure notion des cartes dont dispose et qui peuvent intéresser l’adversaire, quand il pourra être ressenti comme plus long à 4-5. C’est aussi pourquoi la partie s’achève quand quelqu’un a posé… son 6ème oiseau.
De quoi éviter un effet d’usine à gaz, et introduire une notion de course, sans la sécurité des manches et des scorings intermédiaires, puisque quelqu’un pourra mettre fin à la partie quand vous n’aurez que 4 oiseaux si vous attendez trop de pouvoir poser des oiseaux très chers. Malin et direct.
Plutôt Faraway ou Château Combo ?
Cette construction d'une rangée de cartes pourrait évoquer Faraway, d'autant que l'on retrouve bien dans Wingspan Pocket une importance cruciale de l'ordre dans lequel vous jouez vos cartes, étant donné qu'à chaque tour vous les activez de gauche à droite (reproduisant l'activation de droite à gauche des environnements dans Wingspan). On pourrait cependant décrire Faraway comme un jeu de construction de score quand la nuée de Wingspan Pocket est un moteur miniature très card-driven, dans le sens où la quantité de cartes différentes renforce fatalement une dimension opportuniste moins sèche, et moins rigoureuse.
C'est pourquoi je le rapproche davantage d'un Château Combo : on espère des cartes fonctionnant bien avec le tableau que l'on est en train de construire sans oser espérer des cartes précises, et si Château Combo offrait une latitude tactique intéressante dans le rafraîchissement des rivières et le déplacement du messager (au prix de points de victoire tout de même), Wingspan Pocket mise d'abord sur des cartes moins exclusives, pouvant plus aisément se combiner que dans bien des tableaux-buildings où certaines cartes paraissent vite contre-productives avec le tableau qui se met en place ; et ensuite sur une plus grande générosité en termes de choix et de pioches. Le problème n'est pas tant de devoir composer avec une carte vraiment inadaptée, mais de devoir s'arranger pour trouver à chaque instant la meilleure carte possible dans une partie toujours sur le point de finir trop vite.
Je suis dès lors assez curieux de la proposition d'Earth Express parce que quelque part, Wingspan Pocket se rapproche assez de la philosophie de Earth dans cette idée de course gratifiante, où l'on est à peu près toujours contente/content de ses coups, dégageant une certaine chaleur familiale plutôt qu'une rigueur euro... jusqu'à la fin en tout cas, où l'on s'aperçoit que la partie est déjà finie avec l'envie d'en refaire une pour construire une meilleure nuée. Wingspan Pocket ressemble ainsi à quelques ténors du marché sans redondance, sans être seulement un nouveau Château-Combo like, en étant un peu plus accessible dans son système généreux mais tout en y brillant par sa variété, son matériel, le satisfaction procurée par ses effets.
Un grand jeu de poche
Si nous avons enchaîné les parties de Wingspan Pocket, c’est parce que dès la première, nous avons senti que nous avions affaire à un hit, tenant ses promesses d’une optimisation accessible pouvant même donner lieu à un rapide moteur, puisque chaque oiseau va fatalement orienter votre stratégie pour la pose des suivants par les avantages qu’il octroie. S’il peut avoir des allures de Splendor voire de Earth, au fond, Wingspan Pocket est un Wingspan qui fait son Château Combo, et cette tagline traduit probablement bien notre enthousiasme.
Et retrouvez bien sûr le short d'Enrique sur Wingspan Pocket !
Pour aller plus loin : le Designer Diary de Jamey Stegmaier (en anglais), notre dossier sur la trilogie Wingspan/Wyrmspan/Finspan et notre critique de Wingspan Amériques !
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