#Jeux de société #Prix
Faut-il récompenser les jeux ? As d'or, Spiel, FLIP, Dice Tower répondent

Nous ne comptons même plus les podcasts, vidéos YouTube, lives, articles de blogs, mails divers que nous avons consacrés aux seuls As d’or de 2026 chez Ludum, avant, pendant et après la cérémonie. C’est que tout le monde du jeu vibre au rythme des prix, pronostiquant, débattant, se plaignant, s’enthousiasmant, préparant ses achats…

Quand on peut néanmoins sembler tout récompenser, tout le temps et partout, la question de la pertinence des prix, de leur redondance, de leur poids, de leur signification finit fatalement par se poser, et c’est pourquoi il nous a paru judicieux d’interroger plusieurs personnes et institutions, particulièrement impliquées dans l’As d’or, mais aussi dans le Spiel des Jahres, dans les Dice Tower Awards, dans les TricTrac d’Or et dans les trophées du FLIP, parfois entre autres expériences de jury, tandis que vous trouverez sur notre blog des présentations d’autres propositions comme le Deutscher Spielepreis et le prix Lizzie Magie, afin de nous aider à réfléchir à ce que sont ou devraient être les récompenses ludiques.

Et on ne saurait bien sûr assez remercier toutes les personnes qui ont accepté de répondre de façon si riche à nos questions !

Vincent Dedienne

1. Comment es-tu devenu jury de l’As d’or ? Pourquoi as-tu été choisi, par qui, et pourquoi as-tu accepté ?

Je crois que j’avais fait savoir à droite à gauche que je serais fou de joie d’être dans ce jury, c’est remonté jusqu’aux oreilles de l’organisation et un jour j’ai reçu un coup de fil ! Je me suis un peu incrusté quoi ! ;o)

2. Combien êtes-vous ? Comment sélectionnez-vous les jeux à tester, combien en faites-vous, comment les testez-vous, et comment décidez-vous de les récompenser ? Est-ce le même jury pour les 4 catégories ?

Nous sommes 9 ! Des filles, des garçons, des Français, des Belges, des hétéros, des homos.

Et oui nous sommes le même jury pour les 4 catégories. Nous jouons à tout ce qui sort et qui remplit les critères d’éligibilité.

Nous discutions, nous débattons, nous nous engueulons, nous réconcilions et tard dans la nuit après de longs débats nous nous mettons d’accord. Il faut accorder les sensibilités, les goûts et les opinions de 9 hommes et femmes très différents. C’est donc très subjectif.

3. Comment définirais-tu la spécificité des As d’or par rapport aux autres cérémonies ?

C’est une très bonne question. Chacun dans le milieu à sa propre opinion de ce que doit être et ne pas être l’As d’or, et certains ne supportent pas que leur définition de ce prix ne soit pas la définition unique et officielle. Mais encore une fois c’est subjectif. Le jeu c’est de l’émotion, ça n’est ni de la politique ni un logiciel, donc le prix reflète le sentiment d’un groupe de 9 personnes à un moment précis. C’est ce qui fait sa beauté et sa singularité.

5. Que penses-tu du fait de récompenser des jeux de société ? Quel est votre objectif en faisant ça ?

Le but pour moi c’est de mettre la lumière sur un objet, et à travers cet objet sur des gens, des auteurs, des illustrateurs, des éditeurs, des équipes qui ont bien bossé. Et puis c’est de faire un peu de bruit pour espérer que les médias traditionnels se fassent l’écho du bouillonnement, de la créativité folle et de la richesse du monde ludique depuis quelques années.

6. Est-ce qu’il y a un autre prix que tu regardes avec un intérêt particulier, et dont tu apprécies les choix, le mode de sélection, etc. ?

Je suis attentif aux Expert Game Awards parce que j’aime beaucoup les jeux Experts.

Marilyne Aquino

L’année où j’ai intégré le jury de l’As d’Or, avant même d’en faire pleinement partie, une discussion avec Reixou autour du palmarès de l’année précédente m’a marquée. Il m’avait dit : « Si la réunion avait eu lieu quinze jours plus tard, le palmarès aurait peut-être été différent. » Cette phrase est restée avec moi pendant toute la durée de mon expérience de juré. 

Quand un jury se réunit pour débattre, chacun·e des jurés arrive à la table avec ses certitudes, mais s’aperçoit qu’aucune vérité ne brille si facilement. Le palmarès est bien plus souvent le fruit de longues discussions et de compromis. Cela dit, les 50 jeux qui terminent dans la short list du jury sont rarement là par hasard. Mais il suffit parfois d’une partie, qui se déroule particulièrement bien ou mal, pour décider du sort définitif d’un jeu. Autrement dit, cela se joue parfois à rien. Cela ne retire pas le mérite aux gagnants, mais cela peut offrir une autre perspective pour les autres qui n’ont pas la chance de monter sur scène.

 Pourtant, l’impact est réel, sur l’image, le retirage, les ventes, bref sur la vie du jeu et la carrière des personnes derrière. Pour le public connaisseur, l’As d’Or est plus un jeu de pronostics et un miroir dans lequel on aime se retrouver, pas tant un guide d’achat - mais, on le voit chaque année aux flots de commentaires, c’est déjà beaucoup. A contrario, pour le grand public, un label bien établi comme celui-ci fait la différence dans le geste d’achat. Voilà donc une grande responsabilité pour des jurés qui doivent être capables de défendre leur décision à l’aune de toute la production de l’année.

J’ai trouvé le travail de juré intense. À mes yeux, un membre du jury doit être capable de voir la pépite là où personne ne la voit et la défendre auprès de ses collègues. Cela suppose de conserver une curiosité intacte malgré les heures de parties qui s'enchaînent, tout en confrontant chaque jeu à l’existant (la créativité faisant partie des critères de l’As d’Or), en conjuguant culture ludique et capacité d’émerveillement. Pas simple !

C’est pourquoi je pense qu’il est important de rester aussi ouvert sur les autres prix, et ils sont nombreux. D’autres fonctionnent très différemment, comme les Golden Geek Awards que j’apprécie particulièrement. Là, toute la communauté internationale du site BoardGameGeek peut voter. On voit d’autres titres sortir du lot, et ce choix des joueurs est à mon sens tout aussi pertinent. La communauté de BGG a ses propres biais, mais elle a le mérite de cumuler un nombre de parties démentiel, qu’aucun jury ne pourra jamais atteindre.

Bref, il faut toujours garder en tête que chaque prix à ses critères, ses règles, ses raisons d’être et ses angles morts. Après mes années de jury, s’il y a une chose que je retiens, c’est cette nécessité de rigueur et d’humilité. Un prix ne dit jamais tout, il raconte un instant. Un palmarès n’est jamais une fin en soi. C’est un point de passage, un éclairage parmi d’autres sur une production foisonnante. C’est aussi pour cela qu’il est essentiel que les prix soient multiples, complémentaires, parfois contradictoires. Ensemble, ils dessinent un paysage plus riche, à l’image du jeu lui-même.

Guillaume Gigleux

Ah , ces débats enflammés, et parfois inutiles, sur tel prix ludique, ses catégories, son mode de fonctionnement, ses nominations, ses lauréats. Si, dans un milieu de passionnés comme celui des « jeux de société », les récompenses font autant parler, c’est qu’elles doivent toucher un point sensible : « Oui, forcément, ça me touche puisque cela vient confirmer ou infirmer mes propres goûts ludiques ! Et on ne rigole pas avec mes goûts ludiques. Ce sont les miens, avec les meilleures références qui soient !! ». Certes !

Tentons de garder la tête froide et amorçons la réflexion pour la pousser un peu plus loin : « Faut-il récompenser les jeux (et comment) ? »

Permettez-moi d’abord d’expliciter d’où je parle : joueur passionné depuis les années 1995, j’ai suivi les différentes sélections et prix ludiques aussi bien que leurs évolutions. Par mon travail à Tric Trac, j’ai connu de l’intérieur ce qu’il se passait et se disait autour des Tric Trac d’Or. J’ai été membre du jury pour le prix des illustrations à Montpellier, le concours international des créateurs de jeu de Boulogne-Billancourt (un des plus anciens : 1977 !), pour les trophées FLIP ou celui de Ludix, etc. Bref, de « jury » à « commentons les résultats du jury », de joueur à commentateur journalistique.

Il est dans la nature humaine de mettre sur des podiums (VIIIème siècle av JC pour les premiers jeux olympiques), suivant les mérites afin de mettre en avant les qualités trouvées chez les vainqueurs. Cela permet de les féliciter et de faire vivre des moments intenses aux spectateurs. Cela permet également à un public non spécialiste de profiter de l’expérience.

Ainsi, dans le monde du jeu, récompenser un jeu peut être tout autant féliciter un auteur et une équipe pour le travail accompli, pour l’acte créatif, décorrélé s’il le faut, de son « succès économique et publique », qu’être une façon de montrer à tel ou tel public ce qui peut être jouer sans trop de risque de déception, parmi les centaines et centaines de sorties, économisant ainsi du temps de vie (et de jeux) par le tri induit. Et pour plusieurs personnes, gagner du temps et se laisser guider pour savoir à quoi jouer, c’est bien !

Ensuite, « récompenser un jeu », c’est aussi un acte posé par un jury, des personnalités d’horizons divers, aux objectifs différents, qui se retrouvent pour trouver un compromis. L’objectif du prix, pour les délibérations, devient important : « dénicher une pépite avant le « grand public » » ou « entériner une évidence dans le monde du jeu pour le rendre accessible à un plus grand nombre » n’amènent pas les mêmes enjeux, modifiant les discussions qui en découlent ainsi que les choix finaux.

C’est aussi cette différence d’objectifs, de réflexions premières, qui explique que les prix décernés par le public (pas toujours « vox populi vox dei ») ne rejoignent pas toujours ceux décernés par un jury de « professionnels ». Comme pour d’autres objets culturels, les attentes diffèrent :« on s’est bien amusé » ou « au bout de 3 parties, on se lasse » ; comme les objectifs : « il n’est pas cher » ou « la façon dont la mécanique est au service de la narration est originale » ; l’expérience recherchée, pareil : « mamie peut y jouer » ou « la thématique du lien entre les chauve-souris frugivores et la forestation versus l’exploitation minière est excellente » (ce jeu existe déjà et s’appelle Atiwa, d’Uwe Rosenberg)

Ces facteurs sont autant d’approches de l’objet culturel « jeu de société » et expliquent les différents prix ludiques, pour autant d’éclairages de l’objet-jeu et ses composants : originalité, maîtrise du développement, du design, de l’alliance thème/mécanismes, amusement (et chacun ne s’amuse pas avec les mêmes choses, suivant le moment et les personnes présentes), etc. Les différentes récompenses se complètent alors en une photographie du monde du jeu à un instant donné (synchronie) ou dans son évolution à travers le temps (diachronie) : La vague de prix pour Les Aventuriers du Rail en 2004 et celle pour 7 Wonders, 6 ans plus tard, sont autant d’indications sur les goûts et découvertes du moment que sur la démocratisation des jeux sur cette période.

Côté éditorial, il y a une activité économique autour de cet objet culturel. Il est très positif d’être « élu » parmi tant d’autres : Il est agréable, rassurant, de voir son travail apprécié et reconnu, par ses pairs autant que le public. Qui plus est, lorsque l’offre est si pléthorique qu’elle devient presque « abrutissante », chaque opportunité d’attention est bonne à prendre : Une nomination à l’As d’Or ou au « Spiel des Jahres », le jeu de l’année allemand, sont des « chambre de réverbération » qui amène l’information sur le jeu avec une portée et une rapidité qui peuvent changer son destin. Les professionnels d’autres pays, sans avoir besoin d’en essayer des centaines, se voit indiquer qu’il y a là un « bon jeu » à localiser, ce qui augmente les chances pour le jeu de rencontrer encore plus son public.

Constatons cependant qu’une surmultiplication des prix en dilue la portée et l’intérêt en ajoute finalement du bruit au bruit ! De la même façon, un prix dont la méthode d’attribution, l’objectif et la portée sont peu claires rendent l’intérêt de ce dernier plus limité puisqu’on peut, parfois légitimement, se demander « qui récompense quoi et pourquoi ».

Pour le reste, quand bien même certains pensent que « la récompense des jeux est inutile, il suffit d’y jouer et savoir ce qu’on aime », ou feraient bien d’essayer de comprendre l’objectif de tel prix, de tel jury, avant de s’instituer en détenteur de la Vérité Ludique pour critiquer, convaincus de faire mieux et d’avoir « plus raison », nous continuerons d’en disserter des heures durant sur les réseaux sociaux (l’ancien troquet du coin avec un comptoir plus grand). Nous adorons chercher à avoir raison pour valider nos goûts personnels ou mettre un peu de mauvaise foi, à escient ou non, avec humour ou non :D

Spiel des Jahres

Cela fait 46 ans que le Spiel des Jahres est une référence fiable pour toute personne aimant jouer à de bons jeux. Nous orientons, classons et récompensons les meilleurs jeux dans trois catégories : Jeu de l'année (Spiel des Jahres), Jeu expert de l'année (Kennerspiel des Jahres) et Jeu pour enfants de l'année (Kinderspiel des Jahres).

Le jury est composé de critiques, c'est-à-dire exclusivement de personnes qui traitent de jeux dans leurs publications, que ce soit dans des journaux ou dans leurs propres podcasts, blogs ou sur YouTube. Il est indépendant et bénévole. Le jury recrute lui-même ses nouveaux membres après un examen scrupuleux des publications des candidatures potentielles. Nous passons en revue l'ensemble des jeux parus dans l'année et cherchons nous-mêmes les plus remarquables, ceux qui sortent vraiment du lot. Le jury est composé de 15 personnes, dont 14 décident du Spiel et du Kennerspiel de l'année et trois du Kinderspiel, avec les conseils d’un comité pédagogique consultatif qui change régulièrement. Nous n'utilisons pas le terme « jeu familial » : les jeux sont joués dans tellement de configurations différentes que ce terme restreindrait beaucoup trop les groupes cibles potentiels.

Nous discutons sans relâche tout au long de l'année pour définir les meilleurs jeux de l'année. Nous testons les jeux avec le plus possible de personnes différentes dans le plus grand nombre possible de configurations, puis nous partageons nos impressions avec les autres membres du jury dans un forum dédié. Chacun d'entre nous tient son propre classement, que les autres peuvent consulter. Plusieurs fois par an, nous nous réunissons pendant un weekend entier afin d'approfondir la discussion et, bien sûr, de jouer autant que possible ensemble.

Bien sûr, nous échangeons aussi intensément nos points de vue sur le classement des jeux ; la catégorie Kennerspiel a été introduite par le jury du Spiel des Jahres de 2011, tandis que le Kinderspiel existe déjà depuis 2001. Toutes les catégories aident les personnes intéressées à trouver le jeu qui leur convient. La question de savoir si tel jeu est initié ou pas fait souvent partie des décisions les plus discutées, tant au sein du jury qu'à l'extérieur d’ailleurs. La catégorie dans laquelle un jeu est finalement classé dépend de l'expérience que nous en avons lors des différentes parties et lors d’événements publics. Il s'agit davantage d'une échelle que d'un domaine clairement délimité. Je ne pense pas qu'une catégorisation supplémentaire serait utile, car cela rendrait le problème du classement encore plus complexe et l'ensemble plus confus.

Nous ne décernons pas de prix pour les jeux experts – d'une part, il est impossible, en plus de l'examen chronophage des jeux de l'année, de pouvoir mettre assez souvent sur la table des jeux très complexes de façon à les tester d’une façon aussi attentive et approfondie que les autres, d’y mettre aussi bien notre cœur et nos entrailles. D'autre part, le public cible de ces jeux n'a généralement pas besoin d'orientation supplémentaire : les nerds savent très bien sans ça quels jeux vont sortir, en discutent en ligne et sont capables d'évaluer quels jeux conviennent à qui.

Mais bien sûr, quelle émotion lorsque les personnes récompensées montent sur scène, avec les équipes impliquées, lors de la remise des prix ; le travail de ces personnes, qui dure souvent des années, se fait essentiellement dans l'ombre, et les récompenses importantes comme la nôtre, mais aussi comme l'As d'or, le Jogo do Ano, le Nederlandse Spellenprijs, le Deutscher Spielepreis et les Dice Tower Awards, pour n'en citer que quelques-unes, ne servent pas seulement de repères dans un marché de plus en plus vaste, mais expriment aussi une vraie reconnaissance pour les personnes créant de bons jeux.

Chaque récompense y contribue ; et avec l’internationalisation du marché des jeux s'internationalise et que les localisations permettent de diffuser des jeux du monde entier dans le monde entier, nous sommes également en contact avec de nombreuses personnes qui décernent d'autres récompenses. C'est formidable que chaque prix permette de maintenir vivant le débat sur les jeux et que nous puissions inciter un large public à sortir une nouvelle boîte de son placard et à se lancer dans l'aventure du jeu. Je suis profondément convaincue que jouer ensemble rend le monde meilleur ; on ne peut pas jouer ensemble sans s'intéresser les uns aux autres.

Maren Hoffmann, porte-parole du Spiel des Jahres

Tom Vasel - Les Dice Tower Awards

Dice Tower décerne des sceaux (Seals) et des prix, mais ce sont deux choses différentes.

Les sceaux d’approbation (Seals of Approval) peuvent être donnés par n’importe quelle personne chroniquant des jeux pour la chaîne – et vont à tout jeu obtenant un 7 [sur 10] ou plus. Le sceau d’excellence (Seal of Excellence) est nettement plus rare, ne signalant que des jeux obtenant un 8,5 ou plus. Néanmoins, ces sceaux signifient juste qu’on a aimé ces jeux. Je ne note pas combien on en donne – c’est juste une manière pour nous de dire « Hey, ce jeu est bien ! ».

Les Dice Tower Awards sont décernés au MEILLEUR de l’année. Nous avons un jury de plus de 50 personnes, de l’équipe de Dice Tower et d’autres chroniqueurs, qui font leur choix parmi tous les meilleurs jeux publiés chaque année. Les prix récompensent les jeux dont nous estimons qu’ils sortent du lot, et seuls 13 jeux (ou moins) reçoivent un prix chaque année. Notre objectif est de créer un prix qui prenne tout au compte – qui pourrait inclure n’importe quel jeu sorti chaque année et vraiment apprécié. C’est la raison pour laquelle nous avons un si grand jury, qui n’est en même temps pas influencé par la promotion de masse – d’où cette volonté d’un jury expérimenté et bien informé.

Il est très rare que nous ajoutions ou retirions des catégories, mais récemment nous avons ajouté un prix pour les jeux coopératifs (du fait de la popularité de ce genre) et pour les jeux solo (compte tenu de la croissance du jeu solitaire).

Je travaille vraiment dur pour faire de ces prix une espèce d’équivalent du Spiel des Jahres. Nous prenons le processus très au sérieux, et nous travaillons vraiment dur pour identifier les titres qui vont résister à l’épreuve du temps et que tout le monde aura encore plaisir à jouer dans les années à venir. Je pense que les prix qui laissent le public voter n’ont aucun sens, parce qu’ils finissent par ignorer les jeux à faible tirage, et quand un jury est trop petit, les biais individuels prennent trop d’importance, ce qui cause des problèmes. Je respect entièrement le Spiel des Jahres en tant que prix (même si je peux être en désaccord avec certains choix, mais c’est souvent l’intérêt). On veut que notre liste de nominations soit si pertinente qu’il n’importe plus de savoir quel jeu gagne, chaque jeu de la liste méritant qu’on s’y penche.

Je veux un prix si utile que quand vous le voyez sur la boîte d’un jeu, vous SAVEZ que le jeu est bon. Et je pense qu’on y parvient. Ça compte d’autant plus qu’il y a tellement de jeux qui sortent qu’il est difficile de faire le tri. Et je suis fier de ce qu’on a accompli – je dirige les prix, mais je ne vote pas moi-même, sauf dans le cas d’égalités – mais ça n’est pas arrivé une seule fois depuis des années. Je crois qu’on a les meilleurs prix du secteur ludique (mais je suis certainement biaisé). Et toute chroniqueuse ou tout chroniqueur en désaccord avec moi est libre de m’écrire pour rejoindre le processus.

Festival Ludique International de Parthenay (FLIP)

1. Comment est constitué le jury du FLIP chaque année, sur quels critères, par qui ?

Le FLIP s’appuie chaque année sur plusieurs jurys spécialisés, chacun adapté à la nature du prix concerné. Nous ne parlons donc pas d’un seul jury, mais d’une constellation de comités d’experts, tous reconnus dans leur domaine.

• Pour les Trophées FLIP Créateurs (prototypes), nous réunissons des auteurs professionnels, professionnels de l'édition, illustrateurs, ludothécaire professionnel, game designers et journalistes spécialisés. Ils évaluent l’innovation, les mécaniques et le potentiel éditorial. Un Prix du Public vient compléter leur regard.

• Pour la catégorie Éco-ludique des Trophées FLIP Éditeurs, un jury de spécialistes sélectionne les cinq jeux nommés, avant de les soumettre aux votes du public.

Les autres catégories (Enfant, Divertissement, Réflexion) reposent exclusivement sur les votes des festivaliers, après une sélection des coups de cœur de nos équipes d'animateurs saisonniers.

• Pour les Trophées FLIP Jeux Vidéo, nous constituons un jury de professionnels du numérique et du game design. Ils sélectionnent des créations indépendantes, puis jugent sur le festival le projet méritant le Prix du Jury. Là aussi, un Prix du Public est remis en parallèle.

• La JAM FLIP PRO réunit l’élite des auteurs déjà récompensés dans d’autres festivals français. Sous contrainte mécanique ou thématique, ils créent un jeu original en un temps limité, évalué par un jury rassemblant des experts du milieu éditorial, auteur reconnu, représentant de café jeu, organisateur de festivals de jeux, passionnés de jeux, etc. La diversité des regards du jury sert la sélection des lauréats.

• Enfin, le Label EducaFLIP est attribué par un jury de professionnels de l’éducation : enseignants, pédagogues et enseignants-blogueurs reconnus. Leur expertise garantit une évaluation rigoureuse de la dimension éducative et de la pertinence pédagogique des jeux.

Tous nos jurys sont donc composés de spécialistes avérés : auteurs professionnels, game designers, journalistes, ludothécaires, éditeurs, professionnels du numérique, enseignants…

Ce mélange d’expertises garantit des sélections solides, crédibles et adaptées à chaque catégorie de prix.

2. De combien de personnes ce jury est-il constitué ? Comment sélectionne-t-il les jeux à tester, combien en joue-t-il, comment décide-t-il lesquels récompenser ? Est-ce le même jury pour chaque catégorie ?

Le nombre de personnes varie de 5 à 8 selon les jurys.

Les critères sont, entre autres : qualité du jeu, clarté et accessibilité des règles, fluidité du tour de jeu, équilibre des mécaniques, rejouabilité et intérêt ludique, expérience de jeu, plaisir de jeu ressenti par les joueurs, interaction entre participants, immersion, originalité, créativité, ergonomie et matériel, qualité de l’édition, lisibilité, ergonomie, manipulation, cohérence thème/mécaniques, accessibilité au public, adaptation aux différents publics (familles, joueurs experts, enfants…), simplicité d’explication, durée adaptée à l’espace d’animation du festival.

Selon les catégories, des critères spécifiques s’ajoutent – par ex. pour l’Enfant, l’Expert, l’Éco-Conception, le Prix du Public, le Prix du Jury d’Enfants, etc.

3. Comment définiriez-vous la spécificité des trophées du FLIP par rapport aux autres cérémonies ?

Ce qui rend les Trophées FLIP uniques, c’est d’abord notre expérience : cela fait 40 ans que nous testons des jeux en conditions réelles, pendant douze jours, auprès de milliers de joueurs. C’est un laboratoire à ciel ouvert qui rassemble sur un cœur de ville entier des centaines de milliers de personnes très différentes : novices, joueurs casu, experts, familles complètes...

Nos différents jurys — auteurs, professionnels du secteur, animateurs spécialisés, enseignants, psychologues pour la catégorie Enfant — apportent chacun leur expertise. Ils ne jugent pas seulement la qualité du jeu, mais la façon dont le public se l’approprie réellement sur le terrain.

Cette double lecture, expertise professionnelle + observation directe des usages, fait notre crédibilité. À l’heure où n’importe qui peut créer son « prix du jeu », les Trophées FLIP restent une référence : ici, un jeu gagne parce qu’il fonctionne vraiment, avec le public, et qu’il convainc des jurys aguerris.

4. Que pensez-vous du fait de récompenser des jeux de société ? Quel est votre objectif en faisant ça ?

Récompenser des jeux de société, ce n’est pas simplement distinguer un produit : c’est affirmer que le jeu est un véritable objet culturel, au même titre que le livre, le cinéma ou le spectacle vivant. Le jeu crée du lien, stimule la créativité, développe l’esprit critique, et reste l’un des rares médias réellement accessibles à tous : enfants, familles, seniors, novices comme passionnés.

Au FLIP, notre objectif n’est pas seulement de dire « ce jeu est bon ». Notre ambition est de défendre la place du jeu dans la société : un espace d’apprentissage, d’émotion, de partage, un outil puissant pour comprendre le monde… tout en s’amusant.

En récompensant des jeux, nous soutenons les auteurs, les illustrateurs, les éditeurs — toute une filière culturelle — et nous envoyons un message clair : le jeu mérite reconnaissance, visibilité et exigence. Et depuis 40 ans, nous travaillons à rendre cette culture ludique accessible à tous, gratuitement, au cœur d’un festival ouvert. C’est cette mission qui donne du sens à nos trophées.

Étienne Delorme, Direction du service FLIP de la Communauté de communes de Parthenay-Gâtine.

Pour aller plus loin : on analysait ici le prix Lizzie-Magie, ici le Deutscher Spielepreis, là le Diamant d'or et le MinD Spielepreis, pour prolonger ce panorama avec de nouvelles propositions tentant de proposer des alternatives aux prix les plus prestigieux et médiatiques.

À propos de l'auteur

Siegfried Würtz

Après une dizaine d'années dans le monde du jeu comme influenceur, pigiste, relecteur, éditeur... le responsable éditorial de Ludum continue de mettre à profit son habitude de la veille ludique, son amour de l'analyse et sa passion du jeu et du partage pour nourrir le blog, la revue ou encore les scripts des vidéos !

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